La petite araignée du plafond
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Mamz'elle Ouate
Quelles professions peuvent être occupées par une personne atteinte de narcolepsie ?
depuis le 23 juin 2006
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La petite araignée du plafond
Je suis assise sur le petit lit de ma fille. Je pleure. Doucement ma mère a posé ses mains sur mes genoux, elle ne comprend pas ce qui m’arrive; d’ailleurs moi non plus. J’aurais voulu lui éviter ça. Je la vois si rarement. J’aurais voulu passer un bon moment avec elle avant qu’elle ne reparte. J’ai déjà mis de côté toutes mes casseroles, mon ex qui me harcèle, mon petit copain qui s’éloigne, ma belle-mère qui me fait des crasses au boulot et ces cours du soir à 80 kilomètres de chez moi… Bref, je n’avais pas envie de me plaindre en lui racontant mes petits malheurs .
Mais j’ai touché le fond et je craque. Je suis folle… voilà… et je n’ai plus qu’à me faire interner.
Oui je sais, c’est pas d’hier que je vois ces araignées. Allongée dans mon lit, j’ai souvent vue un petit arachnide longer mon plafond. Il ne faisait juste que passer. Bizarrement je ne me suis pas redressée pour aller l’écraser. Puis un jour il a disparu en plein milieu du plafond. Alors je me suis levée et je l’ai cherché. J’ai vérifié les angles des murs. J’ai poussé la commode, le bureau mais aussi la penderie afin de la trouver mais rien du tout. Cette araignée est revenue plusieurs fois, cependant je ne cherchais plus à l'attraper . Ce n’était pas la peine, elle était si petite, je n’aurais pas pu la retrouver.
C’était devenu un petit jeu. Souvent le soir avant de m’endormir je l‘attendais. Je l’observais sur mon plafond et je m’étonnais à chaque fois de voir avec quelle rapidité elle disparaissait.
Jusqu’au soir où elle m’est apparue colorée d’un vieux rose puis d’une couleur fuchsia . Là, j’ai compris et puis surtout j’ai paniqué. Cette petite bête n’existait pas !
Il faut que je consulte avant d’avoir le zoo de Vincennes au plafond ! Me suis-je écriée.
Ma mère a ce regard confus. Elle ne sait pas si elle doit sourire ou pleurer en entendant mes explications.
-C’est pas grave, me dit-elle. Je vais appeler Jean-Pierre. Il est psychiatre, il saura me dire ce qu’il faut faire…
Oui, je sais… je suis de mauvaise foi. Mais ne le dites à personnes. Est-ce ma faute à moi si on nous interdit soudainement l’usage du code ? Moi, on m’a dit lors de mon inscription que nous avons droit au code pendant notre examen, si… si, c’est vrai ! Je vais faire quoi moi maintenant sans ma canne ? Je vais boiter au fin fond de la salle.
Bon d’accord, j’aurai peu être dû me taire. J’aurai peu être pas dû me vanter devant les professeurs « que tout était marqué dedans » et qu’en plus j’avais un Litec avec annotations d’auteurs ce qui me facilitait grandement la tâche. FACILE… TROP Facile… tellement facile que maintenant on y a plus droit !!!
Alors je négocie. Un par un, j’alpague mes maîtres de conf… Bon, je suis prête à faire un effort. J’abandonne mon Litec annoté pour un petit Dalloz standard, tout petit… si petit qu’ils ne le verront même pas…
Et l’administration, le secrétariat, la direction ? Pourquoi ne vas-tu pas les voir ? Me direz-vous. Ben… C’est que je les ai déjà pas mal emmerdé avec ma demande de tiers-temps. Je suis arrivée un beau jour avec ma petite enveloppe dans laquelle se trouvait une attestation de mon neurologue fraîchement écrite.
-Voilà, je suis malade. Ce qui me donne droit à un tiers-temps. Voici l’attestation de mon neurologue. Je compte sur votre entière discrétion…
La brave dame m’a regardé de haut en bas. En quelques secondes elle a tout vérifier; si j’avais bien deux bras, deux jambes , le compte exact de mes doigts jusqu’à la pointe de mes cheveux quelque fois que mon handicape soit placé dedans…
Quelques semaines plus tard, elle m’appelle :
-Dites donc Melle Ouate, nous nous sommes renseignés. C’est qu’il faut que vous passiez par la COTOREP, bla, bla,bla, voir un médecin de là-bas, bla, bla, bla…
-Très chère Madame, que j’ lui réponds. Vous connaissez l’administration. Vous savez que cela va être long. Qu’on va me balader de service en service, de rendez-vous en rendez-vous. De plus, à moins d’avoir une salle d’enregistrement à disposition, le médecin en question ne pourra pas voir grand chose si ce n’est se référer à la même attestation de mon neurologue qui lui même se réfère au résultat de mon récent enregistrement. En clair, cela me ferait perdre du temps inutilement. Temps que je pourrai passer à bosser mes cours.
-Ah bon… Je vais en parler au directeur…
Fin de l’histoire, quelques jours plus tard demande de tiers-temps accordée.
Alors vous comprendrez qu’ aujourd’hui j’hésite un peu… vais-je remettre le couvert ? Vais-je encore faire le forcing auprès de la direction ? Ils vont se dire « V’l’a la narco qui nous remet ça ! »
Nota bene : Mettre un post-it sur mon frigo sur lequel il sera noté: « penser à arrêter d’harceler le corps enseignant » + aussi « penser à faire un régime » mais là je m’égare…
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